Cercle militaire Strasbourg - Broglie

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Accès piéton :
17, Place Broglie,
67000 Strasbourg, France

Accès Tram B, C (depuis la gare), F
Arrêt Broglie

Accès parking & P.M.R. :
2, rue des Clarisses,
67000 Strasbourg, France

+33 3 88 15 05 60
accueil@cerclebroglie.fr

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L’histoire du Cercle

Moyen Âge – XVIᵉ siècle

  • Entre 1251 et 1270, un couvent de Clarisses (religieuses de Sainte-Claire) est construit en bordure du Marché aux Chevaux (actuelle place Broglie).

  • En 1399, les bâtiments sont partiellement vendus à la ville et dès cette époque transformés en ateliers militaires pour fabriquer des armes de guerre.

  • Durant la Réforme de 1529, le couvent est sécularisé et converti en arsenal municipal pour y stocker l’artillerie destinée à la défense de la cité.

XVIIᵉ siècle – Fonderie de canons

  • Vers 1642, sur l’ancien site de l’arsenal, est érigée une fonderie de canons : bâtiment rectangulaire, pignon orné de volutes (ajoutées au XVIIIᵉ) et portail monumental en grès des Vosges.

  • Ce sont là les débuts de l’arsenal royal, après la pleine intégration de Strasbourg à la couronne de France en 1681.

Chambre d’hôtel
Gravure représentant l’école d’Artillerie et la salle de spectacle.
Vue depuis la place Broglie.
© Gallica – Voir l’original.

XVIIIᵉ siècle – École d’artillerie

  • Dans la première moitié du XVIIIᵉ siècle (vers 1705), sous Louis XIV, est fondée l’école d’artillerie de Strasbourg, implantée sur la place Broglie, au 17 place Broglie.

  • On y voit encore, aujourd’hui, des fûts de canons originaux accrochés à la façade : fabriqués entre 1710 et 1862, ils comportent les plaques nominatives de nombreux généraux strasbourgeois.

XIXᵉ siècle – Cercle militaire & reconstruction

  • Après la guerre franco-prussienne de 1870, les bâtiments sont en partie détruits et entièrement reconstruits vers 1872 pour servir de mess des officiers, appelé Cercle mixte de garnison (officiers & sous-officiers).

  • Ce bâtiment héberge un restaurant, un service d'hôtellerie militaire et une bibliothèque.

XXᵉ siècle – Chapelle de Garnison et synagogue provisoire

  • Le bâtiment adjacent (au 18 place Broglie), anciennement atelier de la fonderie, devient en 1950 une synagogue provisoire pour la communauté juive, jusqu'à l'ouverture de la nouvelle Synagogue de la Paix en mars 1958.

  • Après 1958, ce même lieu abrite la chapelle catholique militaire, appelée Chapelle de Garnison.

  • Les façades et toitures de cet ensemble sont inscrites aux monuments historiques depuis le 12 octobre 1929.

XXIᵉ siècle – Rénovation

  • En 2016, une rénovation a eu lieu, notamment pour la salle du Barabli, un cabaret satirique installé entre 1950 et 2000 dans les locaux du Cercle, modernisée tout en préservant les éléments historiques.

L’histoire du Barabli

Le Barabli naît en 1946, dans un contexte de reconstruction matérielle et morale. L’Alsace, tout juste sortie de la guerre, cherche à redéfinir son identité après des années d’annexion et d’incertitude. C’est dans ce climat que Germain Muller, jeune homme passionné de théâtre, fonde avec Raymond Vogel et Mario Hirlé un cabaret où l’on chante, rit et réfléchit. Le nom Barabli — « parapluie » en dialecte — devient rapidement un symbole : celui d’une Alsace qui se protège de l’oubli tout en s’ouvrant au monde.

D’abord installé à l’Aubette, le cabaret séduit dès ses débuts par son bilinguisme un large public. Les sketches alternent entre alsacien et français, reflétant la dualité culturelle de la région. Ce choix n’est pas anodin : il exprime à la fois une fidélité aux racines et une volonté de dialogue avec la France. À travers l’humour, le Barabli aborde des sujets graves : la guerre, la mémoire, les tensions identitaires, les travers de la société moderne. Son ton satirique et bienveillant permet de rire de tout — surtout de soi.

Des parapluies rouges avec écrit dessus « de Barabli », installés dans les escaliers du Cercle menant à la salle du Barabli

Dans les années 1950 et 1960, le Barabli connaît son âge d’or. Chaque année, une nouvelle revue attire un public nombreux. Les chansons de Mario Hirlé, pleines de verve populaire, s’ajoutent aux textes ciselés de Germain Muller. Le cabaret devient une institution régionale, où se croisent ouvriers, professeurs, élus et étudiants. Les spectateurs s’y retrouvent non seulement pour se divertir, mais pour partager une mémoire collective.

Face à l’engouement croissant, Germain Muller et sa troupe doivent chercher un lieu plus adapté. En 1959, le Barabli quitte l’Aubette pour s’installer au Cercle des Officiers — actuel Cercle Broglie. Cette salle, plus vaste et mieux équipée, devient le nouveau foyer du cabaret pour plus de trente ans. C’est là que se déroulera la majeure partie de son histoire et que le Barabli connaîtra son âge d’or. Ce déménagement marque une étape symbolique : il témoigne du passage d’un cabaret modeste à une véritable institution culturelle strasbourgeoise, tout en conservant l’esprit populaire et satirique de ses débuts.

Peu à peu, le Barabli dépasse le simple cadre du spectacle. Il devient un phénomène culturel et identitaire. Loin de tout régionalisme fermé, il incarne une Alsace vivante, critique, enracinée mais moderne. Ses auteurs utilisent la satire pour dénoncer l’uniformisation culturelle et les excès du centralisme, tout en restant profondément républicains. Germain Muller dira un jour : « Être Alsacien, c’est être à la fois ici et ailleurs. »

Dans les années 1980, après plus de quarante ans de scène, Germain Muller et Mario Hirlé se retirent en 1988. Quelques disciples, dont Dinah Faust et Harry Lapp, tentent de prolonger l’aventure, mais l’esprit originel s’efface peu à peu. En 1992, le rideau tombe définitivement sur la dernière revue.

Pourtant, la mémoire du Barabli demeure vivace. En 2016, la salle historique de la place Broglie est rénovée et rouverte sous son nom, en hommage à ce lieu mythique. Des enregistrements, des livres et des documentaires rappellent aujourd’hui l’importance de ce cabaret unique dans l’histoire culturelle de l’Alsace. Il a su, par le rire et la chanson, offrir aux Alsaciens un miroir tendre et critique d’eux-mêmes. En somme, le Barabli fut bien plus qu’un cabaret : il fut le cœur battant d’une Alsace entre deux langues, deux cultures, deux histoires. Par sa longévité, son audace et sa sincérité, il reste l’un des symboles les plus forts de la résistance culturelle et du génie populaire alsacien au XXᵉ siècle.